Archive de Tag pour ‘Martin Parr’.

 

A la fin des années 60, Sanrizuka est un petit village d’une région agricole condamné à être rasé pour que l’aéroport de Narita, déservant Tokyo, puisse être construit. Jusqu’a son ouverture en 1978, les villageois, rejoints par des militants et des étudiants, vont protester violemment contre ce projet.

Kitai Kazuo rend compte de ce combat dans ce livre publié en 1971, en s’intéressant davantage au moment de pause qu’au conflit lui-même.  Cette lutte donnera naissance à plusieurs livres de photo tout au long des années 70. Si Kitai Kazuo use d’un style violent et sale caractéristique des photographes de Provoke – image hyper contrastée, grain énorme, goût pour l’abstraction -  il n’a pourtant jamais fait parti de ce groupe réunissant Daido Moriyama, Takuma Nakahira et Nobuyoshi Araki, pour ne citer que les plus célèbres. Il a néanmoins été une influence revendiquée par les 2 premiers, grands admirateurs de son Resistance (disponible pour 3500€ !), qui documentait les manifs étudiantes anti-guerre et anti-US du début des 60′s, publié en 1965, soit 3 ans avant le premier volume de Provoke.

 

Kitai Kazuo : Sanrizuka (2011, Steidl)

 

Le titre du livre est explicite, Enrique Bostelmann, mexicain d’origine allemande, s’attache dans son Voyage à Travers l’Injustice  à dépeindre à la manière d’un street photograph la condition des indiens et des meztizo (les métis) en Amérique Latine, classe exploitée, à la limite de l’esclavage. Accompagné d’une préface engagée, signée Carlos Fuentes, le livre est publié à l’origine en 1970 par Siglo XXI Editores, une des plus grandes maisons d’édition hispaniques de littérature, pourtant pas vraiment portée sur les livres de photos.

Pour info, l’édition originale s’échange sur le net aux alentours de 1600 €.

 

what statistics express in a precise and horrific chart (…) Bostelmann reveals in the details of an isolated photograph, and then extends it into the next; each image converses with the rest, it holds out the hand of correspondence, it offers them the negative of contrast.

It would take several volumes of analysis and statistics from CEPAL ( the Latin America Economic Commission) to substitte – without too much success – a single one of Enrique bostelmann’s images.” Carlos Fuentes.

 

Enrique Bostelmann : América – Un Viaje a Través de la Injustcia (Steidl, 2011)

 

Steidl vient de publier The Protest Box, projet supervisé par Martin Parr qui a choisi pour l’occasion 5 livres de sa propre collection ayant pour thème la contestation, 5 livres des plus rares, disparus de la circulation, publiés ici en fac-similés pour la première fois. On ne peut que saluer cette initiative qui met à disposition des livres devenus aujourd’hui introuvables. Néanmoins vu le prix de ce coffret, au premier abord prohibitif mais tout est relatif, seuls les plus passionnés en feront l’acquisition. Comme j’ai un coeur gros comme ça, je consacrerai  ici un post à chacun de ces livres.

 

 

Je commence aujourd’hui avec L’Algérie de l’allemand Dirk Alvermann datant de 1960, le livre le plus ancien de ce box. Agé de 18 ans, Dirk Alvermann part aux débuts des années 50 photographier le conflit algérien, il va intégrer une unité de la résistance algérienne et parcourir ainsi le pays. A son retour, le photographe connait quelques difficultés pour publier son pamphlet anti-colonialiste. Dirk Alvermann souhaite que son livre soit édité de façon à ce qu’il soit le plus accessible possible, format poche, couverture souple, comme une sorte de tract politique. Il trouve une  maison d’édition en Allemagne de l’ouest, Rowohlt, qui prévoit de le sortir dans sa collection poche mais ses accointances avec la résistance algérienne vont le contraindre à le publier en Allemagne de l’Est. Le format poche est conservé mais la couverture est finalement reliée. Comme Steidl est une maison qui ne fait pas les choses à moitié, elle  publiera courant octobre, en plus de ce fac-similé, cette première version souhaitée originellement par le photographe.

Malgré son format poche et une économie de moyens, L’Algérie bénéficie d’une mise en page, réalisée par Dirk Alvermann lui-même, incroyablement moderne pour l’époque, très cinématographique, avec ses compositions séquentielles, ses cuts, ses gros plans…

Un immense petit livre !

 

The Protest Box / Dirk Alvermann : L’Algérie (Steidl, 2011)

 

Maintenant, nous sommes une espèce d’éditeurs, tous, nous recyclons, nous faisons des copier-coller, nous téléchargeons et remixons. Nous pouvons tout faire faire aux images. Tout ce dont nous avons besoin, c’est d’un œil, un cerveau, un appareil photo, un téléphone, un ordinateur, un scanner, un point de vue. Et, lorsque nous n’éditions pas, nous créons. Nous créons plus que jamais, parce que nos ressources sont illimitées et les possibilités infinies. L’internet est plein d’inspirations, du profond, du beau, du dérangeant, du ridicule, du trivial, du vernaculaire et de l’intime. Nos petits appareils de rien du tout capturent la lumière la plus vive comme la lumière la plus opaque. Ce potentiel technologique a des répercussions esthétiques. Il change l’idée que nous avons de la création. Il en résulte des travaux qui ressemblent à des jeux, qui transforment l’ancien et le nouveau, réévaluent le banal. Des travaux qui ont une histoire, mais s’inscrivent pleinement dans le présent. Nous voulons donner à ces travaux un niveau statut. Car les choses seront différentes, A PARTIR DE MAINTENANT…

 

Ce manifeste est signé par Clément Chéroux (conservateur au Cabinet de la Photographie, Centre Pompidou),  Joan Fontcuberta (artiste), Erik Kessels (co-directeur de KesselsKramer, agence de com’ et maison d’édition), Martin Parr et  Joachim Schmid (artiste)

(merci à Pornochio)

 

Comme va falloir attendre un peu avant d’y mettre les pieds, on continue de patienter avec des photos. Publié à 500 exemplaires chez Super Labo.

 

Martin Parr : Japan (Super Labo, 2011)

J’ai l’impression que vous n’avez pas été très emballés par la proposition de Boris Mikhailov pour aller passer vos prochaines vacances en Ukraine !

Martin Parr se montrera peut être plus convaincant avec sa formule week-end en Lithuanie grâce à ce catalogue signé Rimaldas Viksraitis !

Rimaldas Viksraitis : Grimaces of the Weary Village (Anya Stonelake/White Space Gallery, 2010)

De mémoire de petit bourge, c’est la première fois que je m’aventurais aussi loin dans ce territoire occupé. D’un autre côté, qu’est-ce que j’irai foutre là-bas à part pour m’offrir une Rolex Submariner à 5 € ?!

Martin Parr : The Goutte d’Or ! (L’Institut des Cultures d’Islam, 2011)

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