Archive de Tag pour ‘Ennio Morricone’.

Moi qui n’ai (quasiment) jamais pris aucune drogue, je vais enfin découvrir quels en sont les bienfaits en écoutant ce disque puisqu’Ennio et ses potes ont conçu ces morceaux pour en faire ressentir les effets sur l’auditeur.
Gruppo di Improvvisazione Nuova Consonanza : Eroina (Cometa Edizioni Musicali, 2011)

C’est Joseph Ghosn qui m’a “vendu” ce disque il y a quelques jours et, moi qui ne suis pourtant pas friand de free jazz – j’aimerais tant être un fan de Sun Ra, je suis, là, carrément aux anges. On retrouve sur cet album perdu de 1971 le Morricone le plus aventureux, celui qui compose à la même époque les partitions de la trilogie animale de Dario Argento. Ça couine, ça grince et ça groove sévère !
PS : cet album, paru pour la première fois en 2010 à 500 exemplaires et uniquement en cd,vient tout juste d’être réédité en vinyle par The Omni Recording Corporation.
Gruppo Improvvisazione Nuova Consonanza : Niente (Cometa Edizioni Musicali , 2010)
J’ai toujours été fasciné par les films qui s’ouvrent par une longue séquence sans aucun dialogue. Dans le cas présent, il faut attendre 9 minutes et 32 secondes pour entendre un “descend, grouille-toi !”
Une première scène muette où l’on passe violemment du Paradis, le calme d’une ballade sur la mer des Caraïbes, à l’Enfer, le bruit du crissement des pneus sur le bitume (vous pouvez remballer votre Bullit !). Après avoir réalisé successivement Colorado en 1966, Le Dernier Face à Face en 1967 et Saludos Hombre en 1968, Sergio Sollima, dans cette séquence mythique qui se clôt par un gunfigth sur la place d’un village, passe en douceur du western au polar.
La Cité de la Violence offre à Charles Bronson son plus beau rôle, jouant parfaitement du contraste entre son physique acéré et son jeu rentré, sorte de Samouraï Melvillien, à la fois dur et fragile.
Città Violenta se démarque aussi radicalement de la vague des polars bis italien par sa mélancolie prégnante, voire son Romantisme, et son audace formelle, avec ses scènes étirées jusqu’à l’épuisement et une séquence finale d’anthologie au montage sublime qui décuple la puissance émotive de la scène.
Une fois encore, comme dans ses précédents westerns ou son futur Revolver, Sollima ne peut s’empêcher ici de nous faire part de ses penchants gaucho-anar populistes, tendance générale dans le cinoche italien de l’époque.
An absolut classic masterpiece.
Un chef d’oeuvre qui méritait bien évidemment l’une des partitions d’Ennio Morricone qui enlumine le mieux les images d’un film :
Des 3 Sergio, Leone et Corbucci (Sergio Tacchini étant hors catégorie), Sollima est injustement le moins célèbre bien qu’il ait réalisé au moins 4 chefs d’oeuvres incontournables : 2 westerns rivalisant sans conteste avec les meilleurs Leone, Colorado et Le Dernier Face à Face, et 2 polars, La Cité de la Violence et ce Revolver (on oublie direct le titre français, hein !).
Bien plus qu’un énième poliziottesco des 70′s, Revolver est un beau film sur l’amitié, “le Bien et le Mal”, où les “good guys” font plus de dommages que les “bad guys”, pour reprendre les propos de Sollima.
Comme souvent chez ce réalisateur, le film vire dans son dernier quart d’heure au brûlot nihilo-gauchiste aussi jubilatoire que bourrin : “la société a plusieurs manières de protéger ses intérêts : le bulletin de vote, par exemple, ou bien le revolver” entend-on de la bouche d’un notable !
Le soundtack signé Morricone est bien sûr une petite perle avec son inoubliable titre d’ouverture chanté par Daniel Beretta, Un Amico.
Pour la petite histoire, Johnny Hallyday aurait refusé le rôle du chanteur joué par Daniel Berretta lui-même.
- Il faudrait interdire les disques de fossoyeurs.
- Hé ! mais attends, il est pas mort Morricone !
- Oh ! putain !
(Raah ! les cons ! z’ont même fait un trailer !)
Danger Mouse & Daniele Luppi : Rome (EMI, 2011)
L’original de 1971 (La Tarentule au Ventre Noir de Paolo Cavara)
Le remix de 2010 (Amer d’Hélène Cattet et Bruno Forzani)
Se mater Amer c’est un peu comme s’enfiler en un seul shoot tous les Gialli transalpins existants !
Hélène Cattet et Bruno Forzani sursaturent leur premier film de codes propre au Giallo, tant dans l’imagerie fétichiste (gants de cuir, rasoir, femme fatale…) que dans l’ultra-stylisation de la mise en scène, jusqu’à l’écoeurement pour aboutir finalement à un résultat fascinant et proche de l’expérimental.
Cet exercice de style pourrait être autant indigent qu’indigeste dans sa geste référentielle ( Suspiria, Le Venin de la Peur, L’étrange Vice de Madame Wardh… la liste est trop longue pour être dréssée) mais se révèle étonnamment personnel. Les réalisateurs ont pour cela fait le choix de laisser de côté toute trame policière pour se concentrer sur 3 instants de la vie de leur héroïne, enfant, adolescente et adulte, où elle doit se confronter à ses peurs toutes liées à la sexualité, sa découverte, son désir naissant et ses fantasmes morbides. Amer est bien une enquête mais une enquête charnelle sur la psyché d’Anna.
Choc rétinien hallucinant, Amer bénéficie en plus d’un énorme travail sur le son pour finir d’en faire une expérience purement sensorielle rare.
Pour le soundtrack, les deux réalisateurs ont choisi de rendre hommage à la musique de l’époque en choisissant des titres d’ Ennio Morricone, Bruno Nicolai, Stelvio Cipriani et Adriano Celentano.
Hélène Cattet & Bruno Forzani : Amer (Wildside, 2010)
Rien à faire, il n’y a pas plus craignos, malsain et nihiliste que le cinéma bis italien des 70′s.
La Proie de l’Autostop en est un bon exemple. Réalisé avec 3 francs six sous, le film censé se dérouler en Californie a été tourné, comme les westerns spaghetti, dans une Espagne un peu trop verdoyante pour être crédible. Pasquale Festa Campanile, plutôt habitué à mettre en scène des comédies légères, se lance ici dans une étrange fusion de rape & revenge, de survival et de road movie, le tout en mode décalé.
Ce qui dérange dans le film ce n’est pas la violence mais plutôt l’ambiguïté des situations (avec en point d’orgue une scène de viol “consenti” quelque peu déstabilisante) et des personnages, tous antipathiques. Si Franco Nero (Le Clint Eastwood du pauvre, ici sosie parfait de Franck Dubosc !), Corinne Cléry(évadée d’Histoire d’O) et David Hess (sorti,lui, tout droit de La Dernière maison sur la Gauche) sont constamment dans la démesure, leur interprétation n’en apparaît pas moins brillante au final. Pour être franc, c’est peut être un peu moins vrai pour miss Cléry qui comble néanmoins son retard en jouant de sa jolie plastique (c’était la minute misogyne !)
Par ailleurs, le plus surprenant est que le film se révèle d’une improbable finesse et d’une étonnante pertinence lorsqu’il aborde en sous texte des thèmes comme la place de la femme dans le couple ou la guerre des sexes (là, je suis sûr que vous pensez que je me fous de votre gueule, non ?).
Enfin, vous ne serez pas surpris si je vous dis qu’Il Maestro Morricone s’est encore une fois chargé de la bande son, une bande son relativement inhabituelle de la part du compositeur. Le soundtrack n’a pas été réédité à ce jour.
PS : pour rappel, si ce n’est pas déjà fait, ajoutez à vos Favoris le blog Disorder in Discipline où j’ai découvert cette pépite !
En 1971, avec la sortie de Una Lucertola con la Pelle di Donna (le titre original), Lucio Fulci connut déjà de sérieux problèmes avec la censure italienne qui l’accusa d’avoir torturé de vrais animaux dans la fameuse scène des chiens éviscérés dans le laboratoire. Pour prouver son innocence, Carlo Rambaldi, chargé des effets spéciaux, sera contraint de reproduire les maquillages devant le tribunal.
Sorti en France sous le titre de Carole en 1971, ce film connaîtra 2 autres sorties en 1976, l’une sous le titre du Venin de la Peur pour le circuit normal et l’autre sous le titre Les Salopes Vont en Enfer pour le circuit… je vous laisse deviner ! Cette dernière version comprenant des inserts pornos ! Des K7 VHS auraient été commercialisées au début des années 80, avis aux amateurs !
Tout ça pour vous dire que ce giallo première période mérite bien son statut de film culte. Comme beaucoup d’entre nous, j’imagine, j’ai découvert ce film il y a une quinzaine d’année quand on s’est soudainement plonger dans les profondeurs abyssales de la discographie de Morricone. La partition composée pour Una Lucertola con la Pelle di Donna est considérée, à juste titre, comme l’une de ses plus abouties, alliant à merveille mélodies et dissonances, cordes et synthés (on est en 71 !).
Lucio Fulci signe ici un film à la fois très personnel et très audacieux tant dans la forme (split screen, gros plans, angles distordus…) que dans le fond (les fantasmes saphiques d’une bourgeoise qui s’ennuie sévère dans son bel appartement !). Il mêle ainsi d’une main de maître onirisme (les 20 premières minutes sont tout bonnement hallucinantes !), érotisme et meurtres, le tout avec un goût déjà prononcé pour les ambiances sérieusement morbides.



















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