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L’homme au costume était là de nouveau , à poser d’autres questions. Alors Vincent raconta sa vie au dixième étage, ses fenêtres qui ne donnaient sur rien, l’odeur. Et puis le travail au magasin d’articles ménagers, à vendre de la peinture, à grimper aux échelles, à sourire pour gagner sa vie.
“Fais chier, dit-il. Ils me tiennent par les couilles.
– Et l’avenir ? demanda l’homme au costume.
– Quel avenir ?” fit Vincent, et il prit un air soupçonneux, comme s’il fallait être débile pour poser une question pareille. Ce n’était pas le Raj ; il ne flottait pas dans un film. Il y avait les factures à payer, des gens à faire vivre. Ça coûtait de l’argent. Et l’argent, par ici, était synonyme d’emprisonnement. (pages 130 et 131)
Nik Cohn : Rituels Tribaux du Samedi Soir et Autres Histoires Américaines (Folio, 2012)
Putain, pourquoi fallait-il qu’il soit salaud à ce point ? Question bonne femme, on ne pouvait rêver mieux qu’Elf pour mettre au bout de sa queue, il le savait bien. Évidemment, il l’avait épousée alors qu’elle était déjà enceinte de trois mois, puis il lui avait collé un autre marmot avant même que le premier n’ait six mois, ce qui n’avait rien fait pour lui arranger le châssis. Ce qui lui fichait le moral à zéro, à lui. Et merde, c’était à prévoir. Ce qui n’était pas une raison pour la traiter comme une chienne. Bon sang, il la traitait exactement comme un clébard. Il ne pouvait pas s’en empêcher, semblait-il. Il se demandait bien pourquoi elle restait avec lui. (page 28, La Foire aux Serpents)
La preuve que derrière les gros durs il y a toujours des cœurs tendres.
Elle avait toujours été étroite, pas de hanches, pas de poitrine. L’hiver dernier, quelqu’un avait scotché sur son casier une photo de Life Magazine montrant un tas de victimes d’un camp de concentration, et avait écrit à l’encre “Lenora Laferty “, avec une flèche dirigée sur le troisième cadavre à droite. S’il n’y avait pas eu Arvin, elle n’aurait même pas pris la peine de retirer la photo. Enfin elle commençait à ressembler à une femme, ainsi que le lui avait promis le pasteur Teagardin. Elle le retrouvait maintenant, trois, quatre, parfois cinq après-midi par semaine. A chaque fois elle se sentait mal, mais elle ne pouvait pas lui dire non. C’était la première fois qu’elle se rendait compte à quel point le pêché pouvait être puissant. Pas étonnant qu’il soit si difficile d’aller au Paradis. Chaque fois qu’ils se retrouvaient, Preston voulait essayer quelque chose de nouveau. Hier il avait apporter un tube de rouge à lèvre de sa femme. “Je sais que ça semble idiot, avec ce qu’on a fait, dit-elle timidement, mais je ne crois pas qu’une femme doivent se peindre le visage. Tu n’es pas fâché n’est-ce pas ?
- Allons, bien sûr que non, chérie, pas de problèmes, lui dit-il. Merde, j’admire tes croyances. J’aimerai bien que ma femme adore Jésus comme toi.” Puis , dans un grand sourire, il remonta sa robe, glissa son pouce dans le haut de sa culotte, et la fit descendre. “En plus, de toute façon, je pensais te peindre autre chose.” (page 260)
I’m So Bored With The USA dit la chanson, une bien belle connerie ! Déjà qu’on ne lit presque plus de littérature contemporaine, alors qu’est-ce que ce serait sans les ‘ricains !
J’en remets une couche mais croyez-moi, un livre comme ça, vous n’en lirez pas tous les jours ! (Maintenant reste plus qu’à trouver le “croyez-moi, un disque comme ça, vous n’en écouterez pas tous les jours !”, si quelqu’un a une idée !)
Donald Ray Pollock : Le Diable, Tout Le Temps (Albin Michel, 2012)
Je me suis rappelé cet article de Norman Mailer consacré au débarquement de l’Homme sur la Lune, je crois que c’était dans le magazine Life, j’avais été vraiment désolé pour lui, puis j’avais pensé au pognon qu’il s’était fait en échange et je m’étais dit, bon, ça paie la bouffe et le loyer, il passe à la pointeuse comme tout le monde. La rumeur voulait qu’il ait touché un million de dollars. J’avais plus de chance que Mailer : j’écrivais sans avoir reçu la moindre avance ou promesse de publication. Si je me plantais, personne n’en souffrirait. C’est ainsi que les choses se sont toujours passées pour moi, ça garde mon direct du gauche incisif et mon crochet du droit dévastateur. (page 182 de Shakespeare N’a Jamais Fait Ça – 13e note éditions, 2012)
Je déambulai dans la zone interdite, rien que pour dire que je l’avais fait. L’interprète fit un ou deux pas prudents derrière moi, puis s’arrêta. Le chauffeur resta dans la voiture, vitres remontées. Chaque fois que je le regardais, il remettait anxieusement le moteur en marche. Aurai-je dû insister pour qu’il continue dans la zone d’évacuation forcée ? Mon dosimètre n’avait enregistré aucune augmentation récente ; s’agissant des rayons gamma, la situation semblait suffisamment sûre, et peut-être ce récit aurait-il été plus dramatique si j’avais été plus insistant, mais, là encore, peut-être pas, car qu’aurions-nous vu, sinon d’autres maisons vides, et puis les dégâts du tsunami et du tremblement de terre, puis le réacteur – lequel, comme le montraient les photos prisent par les drones et publiées dans le journal, ressemblait à n’importe quel chantier boueux ? (pages 77 et 78)
William T. Vollmann : Fukushima, Dans la Zone Interdite (Tristram, 2012)
En sortant de ce premier rendez-vous, en cette fin d’après-midi de décembre 1984, mes forces m’abandonnèrent peu à peu, trop de choses à la fois étaient en train de s’accomplir, trop d’emotions, et je me suis assis sur le trottoir, rue de Rennes, c’était la veille de Noël, il faisait nuit, des décorations pendaient à des fils aux devantures des magasins, j’étais assis au bord de la chaussée, le front humide de transpiration, les phares de voitures passaient sur mon visage, mon regard se brouillait et je me sentais m’évanouir lentement, je suivais des yeux les feux arrière des voitures qui s’éloignaient sur le boulevard Saint-Germain, je regardais le ciel, je regardais la ville, j’avais relevé le col de mon manteau et je ne bougeais plus, j’étais assis là dans la rue à Paris vers six heures du soir, j’avais vingt-sept ans, bientôt vingt-neuf, je venais de quitter Jérôme Lindon et La Salle de bain allait être publié aux Éditions de Minuit. (pages 84 et 85)
Dans la première moitié du livre, Jean-Philippe Toussaint fait son maitre de conférence, c’est un peu agaçant. D’autant plus qu’il n’est pas très crédible quand il endosse son costume de théoricien de la littérature, il se révèle bien trop léger (un comble !) et, finalement, ne dit pas grand chose d’intéressant sur l’écriture.
Je préfère nettement quand il quitte sa posture du je-suis-écrivain-je-vais-vous-expliquer, pour esquisser, dans quelques passages de la seconde partie, ce qui pourrait former un début d’autobiographie.
(Pourquoi doit-on toujours se cogner de la musique classique quand on parle littérature, sans parler des livres tout jaunis en arrière plan ?!)
Jean-Philippe Toussaint : L’Urgence et la Patience (Éditions de Minuit, 2012)
Un chauffeur se tenait près d’une limousine garée dans le virage. Il a ouvert la portière, et un homme voûté, l’air fatigué, le cheveu mal peigné, s’est extirpé du siège arrière.
“Fräulein Edmonde Kerll ?” a-t-il demandé timidement. J’ai hoché la tête. Il a levé le bras en un salut fatigué. Moi aussi.
“Eva ne pouvait pas venir, expliqua t-il, elle est à Berlin. Elle m’a demandé de venir vous chercher pour vous ramener à Munich.” Je l’ai remercié. Nous sommes montés en voiture.
“Mon nom, dit-il, est Adolf Hitler.” (pages 43 et 44)
Le problème quand un auteur écrit un tel premier roman, c’est que le lecteur n’aura aucune envie de lire les suivants qui, se dit-il, ne pourront jamais ne serait-ce que l’égaler. Dites-moi si je me trompe !
(Les premières lignes de La Reine de la Nuit, qui m’ont immédiatement convaincu que ce livre était fait pour moi, sont sur Discipline in Disorder.)
Le livre est paru à l’origine en France aux éditions Sombre Crapule, tout un programme !
Marc Behm : La Reine de la Nuit (Rivages, 1994)
Que cherchais-je alors ? Was will der Mensch ? J’envisageai un temps de devenir violeur. J’étais déjà assassin de masse, quoique très petit joueur par rapport à la plupart des pilotes de bombardier ou de n’importe quel servant de mitrailleuse ayant passé plus d’un mois au feu. Et mon piètre score de cadavres ne me permettait certainement pas de rivaliser avec les politiciens. Peut-être qu’en tant que violeur je pourrais laisser quelque trace. Mais j’avais essayé et cela m’avait paru incomplet. Il y a une petite excitation dans le fait de violer, mais qui n’a en rien à voir avec le plaisir langoureux que le sexe peut par ailleurs procurer. De manière générale, ce n’est pas dans ma nature. Vous ne pouvez voler quelqu’un qui méprise radicalement l’argent, de même que vous ne pouvez trahir quelqu’un qui ne croit pas à la loyauté. (page 104)
J’ai toujours trouvé les client du Vieux Campeur un peu chelous !
(Book found here)
Howard McCord : L’Homme Qui Marchait sur la Lune (Editions Gallmeister, 2008)
La carte postale que je voulais lui envoyer est encore sur mon bureau, une vieille édition A. Terrier sépia de la série La Côte d’Opale. C’est une vue de la jetée du Tréport, avec un bateau de pêche devant. Elle aurait d’abord fait escale au Saussalito Hotel, sa boîte la plus sûre, avant de toucher port on ne savait jamais où. Je voulais seulement lui dire que je pensais à lui, que même si je n’avais pas été fichu de trouver quelqu’un pour monter ou financer le film qu’il voulait faire sur sa péniche et sur les rivières et canaux de France, j’étais sûr que cela se ferait un jour – l’histoire était trop belle pour rester à jamais en cale sèche, ou coincée dans le rouleau d’une de ses nombreuses machines à écrire, toutes pourtant silencieuses depuis plus de trois ans. Ou au creux d’une cassette qui ne tourne pas. Ni lui ni moi n’aurions été dupes, mais j’aurais peut-être eu droit à un de ses inoubliables coups de fil en pleine nuit – des appels qui vous décoiffaient toujours. “Hi, Sterling here, I got a cancer…” Il savait, depuis plus d’un an, qu’il ne serait plus jamais en état de faire ce film. Mais c’était bon de faire semblant. Il n’y a aujourd’hui plus besoin de faire semblant, ni d’envoyer la carte : Sterling Hayden est mort vendredi matin, à Saussalito, dans son sommeil, dans son grand lit de Papa Ours, avec vue sur la Baie. (pages 234 et 235)
Vous devez le savoir, je ne suis pas un partisan du “c’était mieux avant”, mais voilà ce qu’on pouvait autrefois lire dans Libé ou Les Inrocks, alors bon des fois… À lire toute affaire cessante !
Philippe Garnier : L’Oreille d’un Sourd (Grasset, 2011)
Nous allons aux enterrements et au chevet des malades bien plus volontiers qu’aux mariages et aux fêtes, et on ne saurait nous ôter de l’esprit l’idée qu’il y a quelque chose de vertueux dans les larmes et que le noir est la couleur de vêtement qui sied le mieux. (page 87)
Suis-je snob si j’avoue que le meilleur livre que j’ai jamais lu s’intitule Mrs Dalloway ?
Virginia Woolf : Suis-je snob ? (Rivages, 2012)
J’ai lutté contre la mort. C’est le combat le plus terne qu’on puisse imaginer. Il se déroule dans une grisaille impalpable, sans rien sous les pieds, rien alentour, pas de spectateurs, pas de clameurs, pas de gloire, sans grand désir de victoire, sans grande peur de la défaite, sans beaucoup croire à son droit, encore moins à celui de l’adversaire – dans une atmosphère écoeurante de scepticisme tiède. Si telle est la forme de l’ultime sagesse, alors la vie est une plus grande énigme que ne pensent certains d’entre nous. J’étais à deux doigts de la dernière occasion de me prononcer, et je découvris, déconfit, que probablement, je n’aurai rien à dire.
(Les lignes qui précèdent ce passage sont à lire ici.)
Il n’y a rien à dire sur une relation qui fonctionne, pas vrai ? Qui voudrait en entendre parler ? Quant au mariage, c’est une nature morte. Comme cette table avec ses assiettes et ses verres. Rien ne bouge. Tu croises un vieil ami, vous échangez une poignée de main, tu lui dis : “Quoi de neuf ?” Il répond : “Je me suis marié le mois dernier.” Ton coeur chavire. Le pauvre. Non seulement il ne lui arrive rien mais, en plus, il ne va pas tarder à être malheureux. Tu dis :”Merveilleux.” Tu crèves déjà d’envie qu’il te lâche. Ce n’est pas que tu ne l’aimes pas, mais c’est atroce de devoir mentir – ou plutôt, de ne pas pouvoir lui dire ce que tu fais. Que tu entretiens plusieurs liaisons, que là tu es en train d’organiser un voyage à Rome, et que tu t’es offert une nouvelle Porsche. Il t’invite à dîner chez lui. Ça te ferait plaisir de venir, de rencontrer sa femme, mais tu ne vois pas trop quand. Tu lui dis que tu appelleras. Il te supplie de ne pas oublier. Tu promets, mais tu n’appelleras jamais. Jamais. Plutôt passer un coup de fil à la morgue que lui téléphoner. (page 127)
Un livre qui confirme un peu plus que les bonnes femmes sont vraiment des grognasses quand elles ne sont pas tout simplement tarées (cf Sylvia, second roman de Leonard Michaels, tout aussi recommandable, voire plus.).
Leonard Michaels : Le Club (Points, 2011)
“Ton année 2011 en 1 disque, 1 livre ou 1 film et le pourquoi de ce choix en quelques mots ?”
Je n’en voulais qu’un seul parmi les trois, c’est pas faute d’avoir insisté, mais ils n’en ont fait qu’à leur tête, à l’avenir il faudra que je me montre bien plus ferme, j’en suis incapable, bref… merci encore à tous d’avoir joué le jeu, selon vos propres règles.
Voici les réponses :
“Wenzel“
- 1 label : Blackest Ever Black
“Parce qu’en 2011, j’ai couru après les disques de ce label comme si j’étais encore en 1991, que j’y écoute les deux groupes les plus importants à mon sens des années à venir, Raime et Tropic of Cancer (en gros, les Autechre et My Bloody Valentine des 20 prochaines années) et que voir Tropic of Cancer sur scène deux soirs de suite m’a littéralement retourné, changé, remis en selle aussi. Ce label sort des vinyles, a un blog génial, et tout cela raconte aussi une histoire cohérente – c’est du storytelling en plus d’être de la musique (et pour cela, on peut aussi regarder du côté de Leyland Kirby et Jürgen Müller, qui ont su en 2011 raconter des histoires en se réappropriant le passé) et ça le rend à la fois essentiel, sympathique, contemporain (et légèrement goth, mais ça c’est une autre affaire). Dans le même genre, j’aurais pu aussi bien citer la série de vinyles collaboratifs Frkws du label RVNG – une autre manière de faire de la musique en 2011/2012, en associant les genres, les gens et en faisant de beaux disques, qui se regardent, s’écoutent, se laissent désirer, longtemps.”
Sebastian Arthur Hau (de la librairie du Bal)
- 2 films :
- Made in Britain, Alan Clarke
“Recommended by Olivier Cablat this is by far the most uncompromising film I’ve seen this year. Tim Roth plays the young man with fervor and justice, fever and tenderness. The words he uses in his shout for freedom and his arguments may be wrong, but he does make us suffer with him.”
-The Exiles, Kent MacKenzie
“It’s hard to distinguish in this film between cinema verité and documentary. Based on transcripts that were made with the main characters, a group of native american indians living in Los Angeles a story happening in 12 hours is told. But the main protagonist are the streets of Bunker Hill, a now extinct part of the City, which the film transcribes into the most interesting scenes.”
- 1 livre : Juvenile, Osamu Wataya (Rathole Gallery, 2010)
“The young ukrainians portrayed display all the proudness of young gods undisturbed by guilt. As if these were images from the Lords of the Flies, before the downfall. All the images in the book seem to have been taken in the course of one or two days, alongside a river in summer, but then Wataya (who was the director of Hysteric Glamour and is now director of Rathole) is a far too great editor to let us look into his secret.”
Alex Terror (de Blog of Terror) :
- 1 film : Dharma Guns, F.J. Ossang
“Meta-fiction contemplative et ludique ou Cocteau sous amphèt’ remakant La 4ème Dimension.”
Odot Lamm (de Chronic’art et d’ailleurs):
- 1 livre : Estonia: A Ramble Through the Periphery, Alexander Theroux (Fantagraphics Books, 2011)
“Alexander Theroux est l’un de mes auteurs préférés, toutes littératures, tous pays, toutes époques confondues. Sorte de croisement inouï entre les grands érudits britanniques (Burton, Browne), les pré-modernistes truculents (Ronald Firbank, Baron Corvo), ses collègues de chaire postmodernistes (Guy Davenport, Gass et Pynchon) et bien sûr Borgès et Melville, il illustre exactement ce que Barthes entendait, je crois, par “paradis lisible”. C’est le maximaliste ultime, un collectionneur insatiable de mots rares qui concentre et emmêle tous les paradoxes de la modernité et de la postmodernité dans une oeuvre qui fait mine de ne regarder que vers le passé. Un certain Proust a bien sûr tissé quelque chose de similaire avec cette singularité. Proustophile obsessionnel, érudit de la Bible du roi Jacques (il fut séminariste dans sa jeunesse), Alexander Theroux a écrit plusieurs grands livres qui “épuisent les superlatifs” dont au moins un chef d’oeuvre historique et incontestable, Darconville’s Cat en 1981. Mais l’histoire de la littérature a ses voies inexplicables, et ses petits frères Paul et Peter, pourtant auteurs de livres médiocres, se trouvent bien plus facilement en librairie que lui: Darconville’s Cat n’a jamais été republié, et l’immense, monstrueux Laura Warholic, “le Moby Dick de la misanthropie” (http://www.fricfracclub.com/spip/spip.php?article343) a été publié en dernier recours par Fantagraphics, éditeur bien connus de comics alternatifs. Estonia, que publie également Fantagraphics, n’est pas un roman; c’est un livre de voyages, dans la lignée évidente du Voyage Sentimental de Sterne. L’Estonie est moins son sujet que son prétexte, ou la flamme qui a embrasé sa mèche: Theroux s’est trouvé habiter dans le petit état balte en y suivant sa femme, récipiendaire “bienheureuse” d’une bourse Fulbright, et écrit au moins autant sur le pays, sa culture et ses habitants que sur lui-même. “I daresay my Estonia is as much about me and my crochets as it is about anything else“. Point d’entrée magique précisée dans le tout dernier chapitre, l’Estonie est un pays très essentiellement “elliptique” et c’est en soulevant autant de pierres qu’il a pu trouver que Theroux a opéré son paradoxal détour en lui-même. Au premier plan, donc, Estonia est une petite encyclopédie démente et immensément détaillée sur le petit pays, pleine de faits, de légendes et de funny facts sur son histoire, sa langue, ses moeurs, sa nourriture, ses bars, ses habitants, ses expats, ses bars et ses librairies; au deuxième, les tours d’esprit si singuliers de Theroux (avalanches de citations plus ou moins incongrues, d’élucubrations, digressions et songeries tumorales), déforment bien sûr les faits compilés dans des proportions endémiques jusqu’à submerger le sujet sous la focale et faire ployer la colonne vertébrale du livre. Le sous-titre, “A Ramble Through The Periphery”, évoque autant les circonvolutions de Theroux dans ce petit état de la marge que dans le monde de sa littérature. C’est le livre le plus drôle et le plus intelligent que j’ai lu en 2011. C’est un modèle absolu de littérature, hardi jusqu’à la démence, dont l’audace est une revendication, une protestation, un manifeste de tous les instants. Je recopie pour finir ces propos de l’auteur, extraits d’un entretien avec Steven Moore dans les années 80, parce qu’ils disent mieux que je ne pourrais le faire le genre de modèle dont on parle : I put the writers of bumphable, ready-to-wear prose, calculated to sell, guaranteed not to shock, in the same category as artists who can’t draw. There is a lack of bravery and a lot of fraud in them. I have never tried to write a book that didn’t attempt something new in the way of narrative technique. Writing is an assault on cliché.”
Laurence Vecten (de One year of books) :
- 1 disque : Apocalypse, Bill Callahan (Drag City, 2011)
“Même si ça n’est pas mon album préféré de Bill Callahan, Smog inclus, c’est celui que j’ai le plus écouté cette année. De toute façon dans mon iphone il n’y pas grand chose d’autre.”
- 1 livre : Hose Variations, Bjane Bare
“Avant cette année, je n’avais pas remarqué la puissance photogénique des tuyaux d’arrosage. Pas aussi puissant que la neige, mais quand même.”
- 1 livre : Le Prince du Coeur, Jean-Louis Costes (Les Requins Marteaux, 2010)
“Quand le Pasolini des basses fosses se lance dans la littérature, ça donne du costaud. Quand il se lance dans la BD, c’est juste la chose la plus pudique, trash et émouvante qui soit. Le bonhomme m’a plié avec ce petit livre coloré livré par des Requins Marteaux qui ont besoin qu’on soutienne leurs choix courageux, à l’heure du mièvre, du sexuellement correct et de la sensiblerie nauséeuse qui euthanasie un pays moridond. Je prédis que Costes restera dans les mémoires, à l’instar des pyramides égyptiennes, des gladiateurs et des tribus cannibales…”
- 1 track : Mouthful, DJ Zinc (Bingo Beats, 2010)
“J’avais une tête des années 70 dans les années 90. J’ai maintenant une tête des années 90… Dj Zinc, c’est un peu ça. De la zic électro de 1996 en 2011, de la tek où on dit plutôt Boloss, Smoothie, 2.0, c’est dare, plutôt que c’est cool, meuf, bring the noise ou synthé, mais c’est pourtant la même chose, ça pulse les rouflaquettes, ça dandine la croupe et ça fleure bon la boudine de pucelle… Bref Dj Zinc, c’est du Dancefloor nerveux intergénérationnel !”
- 1 film : Little Odessa, James Gray
“Je reconduis mon choix filmeux comme chaque année avec du Tim Roth de haut vol, une réalisation qui tordrait n’importe quelle brute au point d’en faire une chochotte chialeuse… Dans ce film, tout y est. Il résume à lui seul un quart de siècle de chute occidentale.”
Guy Mercier (de Bruit Direct et Le R*ck est m*rt)
- 1 disque : Glands of External Secretion, Reverse Atheism (Bufms, 2011)
“Quand j’ai reçu l’invitation à écrire ce truc j’ai tout de suite pensé à ce disque, je l’avais reçu 2 semaines auparavant et je n’écoutais plus que ça et puis après j’ai reçu le maxi Four Corners de Devin Gary & Ross et je me suis dit wow trop bien ce disque, ensuite voilà le nouveau Graham Lambkin Amateur Doubles qu’il me faudra plusieurs années à comprendre pourquoi il me plait et là aujourd’hui j’ai reçu le nouveau Pheromoans Darby Joan and Fosters et wow ça c’est aussi du 2011, hein ? sans parler de mes propres disques (la ligne claire, atelier méditerranée) mais ils sont sortis il y a plus de 15 jours, c’est vrai”
- 1 film : Die Fälschung, Volker Schlondorff
“A une époque je m’identifiais très fort à Bruno Ganz quand j’arrivais en RER A à la Défense et que je prenais l’escalator. Puis il y a eu beaucoup trop de monde et puis j’étais tous les jours à La Défense, tous les jours en RER A. Maintenant, le monde entier s’est identifié au journalisme présenté par ce faussaire, c’est un autre film, qui écrit ses articles dans le meilleur hôtel de la ville en discutant avec ses collègues. Là où se trouve la nouveauté c’est que nous aussi on est planqués ailleurs et on ne lit plus le journalisme que comme une fiction propagandiste. Nous sommes séparés de tout et de tous. Sinon je suis sûr que quand je verrais le Bruno Dumont ce sera le film de 2011. Probablement en 2012, maintenant..”
- 1 livre : The Punisher #3, Rucka, Checchetto & Hollingsworth (Marvel, 2011)
“Non, en fait la série The Punisher est sans intérêt et je me suis arrété au numéro 3, non c’est beaucoup moins bien que par exemple Frankenstein, agent of s.h.a.d.e. (DC), mais dans ce numéro il y a une petite histoire intitulée Periphery écrite par Kevin Smith et dessins de John Romita Jr., une histoire sans paroles que j’ai bien lu 3 ou 4 fois de suite tellement c’était beau, simple, naïf. Je vous raconte l’histoire, famille américaine lambda ils vivent dans la banlieue de New-York, se lèvent tous en même temps et vaquent à leur affaires et s’engueulent parce qu’ils sont préssés et c’est la vie, ils vont à l’école au bureau et puis tac il y a le WTC qui est en feu et toute la famille panique car le père travaille là et ils rentrent à la maison dans l’angoisse et puis le père arrive, il est pas mort alors ils s’embrassent tous devant la télé du WTC en flammes. Ou alors ce texte de Julien Coupat dans le Monde http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/05/25/julien-coupat-la-prolongation-de-ma-detention-est-une-petite-vengeance_1197456_3224.html C’est de 2009 ? oh, je ne lis plus que des Comics.”
- 3 livres :
- Exploration, Yuichi Yokoyama (Editions Matière, 2011)
“Hallucinant, psychédélique, expérimental, Hypnagogique, Andrei Tarkovski, onomatopée. Petit conseil de lecture : à déguster avec un bon Cabernet cuvée Expo ’70.”
- Sublife #1 & 2, John Pham (Editions Cambourakis, 2009/2011)
“Banalité, science-fiction, simplicité, détail, Chris Ware, couverture sublime. Petit conseil de lecture : à lire en silence par temps de pluie.
- Le livre de l’intranquilité, Fernando Pessoa (Christian Bourgeois Editeur, 2011)
“Textes épars, journal intime, philosophie, ‘art de vivre’, solitude. Petit conseil de lecture : aucun.”
- 1 film : Habemus Papam de Nanni Moretti
“Justesse, humour, religion, psychologie, Nanni Moretti, Michel Piccoli.”
- 1 disque : Replica, Oneohtrix Point Never (Mexican Summer, 2011)
“Minimalisme/Pop, rétro-futurisme, Gyro Gearloose, atmosphères, loops, recherche sonore & rythmique, Juno, rugosité. Petit conseil d’écoute : en plein midi d’hiver, seul, nu et au bord de la mer.”
Francky 01 (de musicketcultures) :
- 1 disque : Happy Soup, Baxter Dury (EMI, 2011)
“Pourquoi ce choix ? Parce que :
- La discographie de Baxter Dury est parfaite, 3 albums – 3 chef d’œuvres.
- Il est de retour au top après 6 ans d’absence et d’errance sans label.
- Parce que Happy Soup est LE disque Pop de l’année et celui que j’ai le plus écouté.”
- 1 bd : Aâma, Frederik Peeters (Gallimard, 2011)
“Pourquoi ce choix ? Parce que :
- Frederik Peeters est un des meilleurs auteurs contemporains de bande dessinée.
- Aâma est le début d’une nouvelle saga qui s’annonce palpitante et originale.
- Son dessin, ses couleurs, sa mise en scène ainsi que ces histoires sont toujours exceptionnels.”
- 1 film : Poupoupidou, Gérald Hustache-Mathieu
“Pourquoi ce choix ? Parce que :
- Cette neige, ce bled paumé et ces habitants rappellent un Fargo, made in France.
- Poupoupidou commence comme un film de genre (polar) pour, petit à petit partir « ailleurs » en entrainant avec lui le spectateur, vers une espèce de polar atmosphérique.
- Parce que Sophie Quinton est sublime, Laura Palmer en terres jurassiennes”
“Ton année 2011 en 1 disque, 1 livre ou 1 film et le pourquoi de ce choix en quelques mots ?” La question était simple (à la base, l’idée était 1 seul parmi les 3 mais bon !), je l’ai posée à quelques personnes dont je partage certaines affinités.
Voici une première partie des réponses :
- 1 k7 : Forced Out, Mark Lord
“Parce que j’ai enfin réussi à m’intéresser à un projet musical de Christopher Forgues, Kites étant trop noise pour moi”
- 1 livre : Prison Pit 3, Johnny Ryan (Fantagraphics Books, 2011)
“Parce que j’ai trouvé ce bouquin inventif, bien découpé et rythmé, violent et jouissif. Une fois terminé j’avais envie de le relire, de regarder les dessins à nouveau, ce qui ne m’arrive plus jamais en bandes dessinées.”
- 1 film : Tucker & Dale fightent le mal, Eli Craig
Guillaume Sorge ( de D.I.R.T.Y., Alainfinkielkrautrock, ten songs that saved your life, 12Mail) :
- 1 disque : Video Games / Blue Jeans, Lana Del Rey (Universal, 2011)

“Il y en a tellement mais je dirai Lana Del Rey parce que ça fait chier ton (notre) lectorat et parce que j’ai envie de protéger cette fille.”
- 1 film : Figures In Landscape, Joseph Losey
“(Je déteste aller au cinéma donc je suis pas vraiment ce qui sort en salle) : le scénario tient sur un feuille OCB mais on ne s’ennuie pas une seconde tant ce film est masgistralement joué, monté, dirigé. (ce qui n’est pas forcément le cas de Drive ou Shame que j’ai pu voir la semaine dernière).”
- 2 livres : Au Coeur des Ténèbres, Joseph Conrad et Kaputt, Malaparte
“Parce que les livres brillamment écrits avec une histoire ça change de l’autofiction (des livres souvent mal écrits où il ne se passe rien).”
Oscillate Wildly (de The Teenage Kicks Preservation Society) :
- 1 chanson : Kaputt, Destroyer (Merge Records, 2011)
“2011: Ich bin, Du bist … Wir Sind Kaputt !”
Rémi Coignet (du blog Des livres et des photos) :
- 1 livre : The Significant Savages, Grégoire Pujade-Lauraine (RVB Books, 2011)

“Parce qu’il apporte quelque chose au genre du livre de photos trouvées et interroge notre vision de nous-mêmes et notre relation aux réseaux sociaux.”
- 1 disque : The English Riviera, Metronomy (Because Music, 2011)
“Parce que ce disque a été la bande-son de mon printemps.”
- 1 Film : À la Une du New York Times, Andrew Rossi

“Parce qu’il est toujours passionnant de plonger dans la machine médiatique.”
- 1 livre : 121 curriculum vitae pour un tombeau, Pierre Lamalattie (L’Éditeur, 2011)
“Les premières phrases donnent le ton : J’ai 54 ans. J’ai connu moins de femmes qu’un animateur du Club Med. J’ai gagné moins d’argent que mon voisin orthodontiste. Je suis moins sportif que ma belle-sœur. J’habite toujours à 500 mètres de chez ma mère. Et, bien sûr, je n’ai vécu aucune aventure de l’extrême. Je suis un type inoffensif, une sorte de raté irrémissible. Jusque-là, Pierre Lamalattie était peintre. Avec ce petit pavé de 450 pages aux faux-airs houellebecquiens, un premier roman surgi de nulle part, il est aussi écrivain. Un écrivain drôle et intelligent, sensible, profond et, surtout, foncièrement atypique. Bref, une denrée suffisamment rare pour qu’on ait envie de s’enthousiasmer.”
Maximilien Oedipe Purple :
- 1 disque : Passed Me By /We Stay Together, Andy Stott (Modern Love, 2011)
“Un disque pour résumer l’année: peut-être la version cd des deux disques de Andy Stott. Sa musique sonne comme un malaise urbain délicieux. La vision parfaite de la techno de la fin du monde.”
- 1 livre : Blackbird, Pierre Maurel (L’Employé du Moi, 2011)
“Pour cette célébration du fanzinat et de la liberté version ligne claire.”
Jeff (de Journal Ultime) :
- 1 disque: Looping State Of Mind, The Field
“Parce qu’il porte bien son nom…”
“Pour le scorpion dans le dos…”
- 1 livre : 39 ans 1/2 pour tous, Philippe Dumez

“Pour les 510 je me souviens…”
Fred (d‘electric skies) :
- 1 disque : Surface Of The Earth, Surface Of The Earth (Utech, 2011)
“Pour être tout à fait honnête, je me suis tenu à l’écart du genre drone pendant presque deux années, par lassitude, parce que j’estimais que celui-ci se trouvait dans une impasse. Je ne l’entends plus de cette oreille-là mais en est-il sorti pour autant ? Peut-être qu’une poignée d’artistes sont venus apporter un souffle nouveau ou bien c’est la distance prise qui a fini par m’en convaincre. Peu importe, cette musique me fascine depuis trop longtemps pour que j’abandonne aussi facilement. Le disque de Surface Of The Earth a recadré les choses – il a également participé à prolonger mon plaisir retrouvé à travers le boucan de Matthew Bower qui a publié cette année un fabuleux album de Skullflower (Fucked On A Pile Of Corpses).
Edité sur cassette en 1995 puis en format CD deux ans plus tard – à chaque fois dans la plus grande indifférence – , c’est à Utech que l’on doit l’initiative de cette réédition (limitée à 500 exemplaires) du premier LP de ce groupe en provenance de Nouvelle-Zélande, patrie de The Dead C – formation avec laquelle Surface Of The Earth partage plus que des repères géographiques. D’une certaine manière, la musique de ce trio anticipe tout un pan des genres drone et noise (on pense notamment à Wolf Eyes) tels qu’ils se sont trouvés revigorés dans les années 2000 et préfigure à bien des égards la scène doom/métal gravitant autour de Stephen O’Malley et de son label Southern Lord. Débarrassé des oripeaux
esthétiques (et surtout vestimentaires), de la pose encombrante et des riffs souvent trop lourds qui ornementent cette dernière, SOTE est comparable à Nurse With Wound qui, comme lui, a une fâcheuse tendance à éclairer ses compositions à l’aide d’un soleil bien noir. Au passage, on se demande toujours par quel miracle ces musiciens parviennent à illuminer les ténèbres avec des plages aussi sépulcrales… Chez SOTE, il y a surtout ces guitares traitées où l’intervention humaine sert un vocable ardent plutôt que d’instituer de vaines prouesses stylistiques. Soutenu par un amas de couches insidieuses aux multiples
provenances, SOTE ne garde de l’électricité que la sensualité basse tension, tandis que la mélancolie et la distorsion maladives qui en suintent favorisent un trip mental, urbain, sombre et oppressant. Accessoirement, je suis convaincu que la musique atmosphérique et noisy réalisée par ces gens-là dévoile un insondable mystère tantrique et reste étroitement liée avec ce que l’on appelle le rayonnement fossile (fond diffus cosmologique), sa trace sonore, ce type de théories et phénomènes…”
- 1 film : The Tree Of Life, Terrence Malick
“J’aurais tout aussi bien pu évoquer deux autres films magnifiques sortis cette année (Le Cheval de Turin ou Love Exposure – film découvert ici-même) mais au final, ce sont les images de T. Malick qui sont les plus vivaces dans mon esprit, les mieux implantées dans ma mémoire. Malgré une fin boursouflée -quoique celle-ci ne fait que mettre en relief la hauteur vertigineuse à laquelle le reste du film se déploie – , The Tree Of Life contient à peu près tout ce que j’attends du cinéma (d’)aujourd’hui mais que je trouve très rarement. A l’origine, il partait avec un sérieux handicap, ou tout du moins un beau challenge à relever : parvenir à me faire supporter un film avec Sean Penn. Autant dire qu’il s’en affranchit sans mal. The Tree Of Life c’est l’abstraction visuelle et narrative investie par la grâce – la complexité dans l’enchainement/l’enchâssement des plans et les digressions temporelles tendent vers la fluidité la plus évidente. Bien entendu, le film contient une grande part de mysticisme à travers ses divers thèmes (les souvenirs d’enfance,l’expérience initiatique, la quête du pardon) mais ils confinent le plus souvent à la rêverie pure. En connectant le drame intime à la dimension cosmique, Malick s’impose comme une sorte de cinéaste de l’immaculé.”
Clément Kauter (de la librairie Plac’art) :
- 1 livre : Deeper Shades New York, Andreas H. Bitesnich (2011)
“A l’heure où l’auto édition est de plus en plus présente sur le marché, je tiens à saluer cette réalisation qui n’a rien à envier aux plus grands éditeurs. C’est un livre très dynamique et graphiquement très fort, à l’image de la ville. Le choix du papier mat et de l’impression renforce cette cadence rythmée.”
à suivre…
(merci pour vos réponses)






















































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